dimanche 5 mai 2019

Le weekly planet #92

"92, ôte ta blouse!"
Je viens d'aller relire le Weekly Planet #72 pour vérifier que je n'avais pas déjà fait ce jeu de mots tiré tout droit du vocabulaire du loto et autres bingos. Je n'avais pas été très sympa dans la conclusion de ce numéro, d'ailleurs. 
Aujourd'hui c'est différent, j'ai envie de vous amener faire un tour sur la silvaplanet, pour un voyage qui vous fera gamberger, ou bien sourire ou bien les deux, qui vous fera m'aimer, je l'espère. Car c'est bien là le but de tenir un blog, non? "aimez-moi!"?

De toutes façons je ne peux plus compter les pauvres likes de mes nouvelles publications car j'ai fermé mon compte facebook. 

Then, for the happy few, bienvenue à bord de ce Numéro 92!







Cette nuit, alors que je faisais une mini-insomnie, j'en ai profité pour terminer "Retour à Reims" de Didier Eribon, qui est sociologue et philosophe. J'avais découvert ce bouquin en écoutant "ça peut pas faire de mal", l'émission de Guillaume Gallienne (dont je suis une très grande fan). 


   



Dans "Retour à Reims", Didier Eribon met en perspective son histoire, lui qui est issu d'un milieu social ouvrier et donc par définition, très éloigné du monde intellectuel, ainsi que son identité sexuelle d'homme gay, avec les mécanismes de domination de notre société (chers à Bourdieu) et le déterminisme social auquel il parvient à échapper, au prix de nombreuses désillusions. Mais son parcours génère aussi énormément d'espoir. Cette énergie, ce goût pour apprendre et comprendre qui caractérisent l'auteur, sont communicatifs.

Ses mots ont eu quelques résonances en moi, notamment sur la question de la honte et de la légitimité. 
Un hasard de parcours et surtout une forme de naïveté, m'ont conduite en classe préparatoire aux grandes écoles (CPGE) littéraire, "hypokhâgne" et "khâgne". En effet, quand ma professeur de Français en Terminale me suggéra de candidater pour intégrer ce cursus, je me sentis flattée et je me pris à y croire. 
J'ai été acceptée, j'étais la seule de ma promo à avoir un nom à consonance maghrébine. Je me suis pris de plein fouet, le mépris des professeurs, qui ont saccagé ma naïveté de jeune adulte de 18 ans. La honte a pris corps dans ces échanges avec eux. J'ai de suite compris que je ne faisais pas partie du même monde que mes camarades, qui n'étaient pas forcément tous des bourgeois, mais qui avaient des codes que je ne possédais pas.
Je me suis toujours sentie en décalage, moi qui à l'époque, étais passionnée par la culture hip-hop et  plus particulièrement, la danse. Cette culture issue des quartiers populaires, des minorités ethniques, que les autres élèves de ma classe avaient du mal à comprendre et dont ils se moquaient. 
J'ai passé deux années à être tiraillée, à avoir la sensation que j'étais une imposture, et en même temps, à m'accrocher pour leur prouver que je n'étais pas plus bête qu'une autre, que je pourrais y arriver, comprendre ce qu'on attendait de moi. 
J'ai réussi dans les matières les moins "nobles": les langues vivantes (Anglais et Espagnol) et un peu la philosophie, car mon professeur s'attachait à évaluer ma pensée, mon cheminement de réflexion, plutôt que mes références intellectuelles (qui étaient minces). 
Didier Eribon dans "Retour à Reims", parle du choix de l'Espagnol plutôt que de l'Allemand au lycée, et réalise après coup, que c'était le choix des élèves les plus faibles du lycée, ceux issus des classes les plus populaires. 





Après cette tartine 3615 "Ma Vie", je me dois de vous distraire un peu, avec l'aimable collaboration de graffitivre, qui a pris la température ça et là, des mouvements sociaux qui secouent la France depuis l'Acte 1 des Gilets Jaunes .




Des Brésiliens se sont carrément déguisés en "gilets jaunes" lors du Carnaval cette année.






Les préjugés ont la vie dure, n'est-ce pas? Je me suis régalée à découvrir cette chanson d'Anne Sylvestre, que j'écoutais quand j'étais enfant, mais dont j'ignorais jusqu'alors le côté militant et féministe ! 


"(...) Le cœur rempli d'espoir
Je voulais que ma manœuvre
Fût un vrai petit chef d'œuvre
Mais je n'entendais que trop
Tous les clients d'un bistrot
Me beugler leurs commentaires
"Mais passe-la, ta marche arrière!
Ah, j'vous jure, ah les nanas
Heureus'ment qu'on est là!"
Ces abrutis pleins de Pernod
Ils m'ont fait rater mon créneau (...)"


Les seuls freins qui existent mes soeurs, ce sont uniquement ceux que l'on se met. Perso, je connais tout un tas de reines du créneau. 



(vous connaissez sans doute déjà mon admiration pour Daiana Ruiz!)

En revanche, ne faites pas comme Britney, c'est pas gégé!








Moi qui détestais conduire, qui ai mis beaucoup de temps à obtenir mon permis, ironie du sort, j'exerce un boulot où je me déplace beaucoup en voiture. Et par conséquent, j'écoute beaucoup la radio. Grâce aux bons conseils de mon amie Estelle, je me suis branchée sur Divergence FM. J'adore les petits matins, avec le rituel de la chanson vintage vers 8h, du Jacques Brel ou du Edith Piaf, pour les plus connus. J'aime aussi leurs jingles, et plus particulièrement, cet extrait du film "Two days in Paris".






Un jour j'écrirai un texte sur le matin. J'aime le matin d'un amour incommensurable. 






Bon, il est temps que je m'arrête là pour ce numéro 92. Je dois entre autres, poursuivre mon visionnage de la série "Les Sopranos", à laquelle je me mets enfin et dont je vous parlerai très probablement dans un prochain numéro.
Je n'ai jamais regardé Game of Thrones, vu que j'ai 10 ans de décalage, je m'y mettrai probablement en 2029. 

En attendant de vous retrouver très bientôt, je pose ça là et je vous invite à la réflexion. Je suis heureuse de vivre une époque où tout un tas de personnes font bouger les lignes, où les représentations s'élargissent et où de nouvelles identités se construisent, dans la fierté et la sérénité.  

Métèques de tous bords, outsiders, âmes contradictoires et contrariées, "minorités", tant que nous pensons, que nous refusons et que nous résistons, nous y sommes presque! La classe dominante et le patriarcat ne nous musèleront pas!




mercredi 6 février 2019

Le weekly planet #91

Nous sommes le 6 février 2019 et le Weekly Planet est de retour après une longue absence! Je crois que je n'atteindrai jamais le numéro 2019, mais tant pis, l'important c'est de participer n'est-ce pas?

Je me suis nourrie de tant de choses depuis le dernier numéro! De nourritures terrestres, viticoles et spirituelles, de podcasts radiophoniques, de séries plus ou moins réussies, mais aussi de nourritures industrielles comme les ferrero rochers... Je sais, c'est mal.
Toutefois, c'est aussi là que se situe toute ma contradiction: je peux m'abrutir des heures durant sur les internets, à regarder des vêtements ou des chaussures... Et puis d'un coup me prend l'envie de me plonger dans un roman de John Fante ou de son fils, Dan... Je suis bel et bien une "enfant" de mon époque.

D'ailleurs, je ne sais pas si ça craint ou pas, mais je me reconnais un peu dans chacun de ces deux auteurs. Enfin, dans certains de leur travers, mais surtout dans leur immense sensibilité et la colère qui l'accompagne.

Ça c'est John:

Et là, son fiston, Dan:
  

Voilà, ces deux-là ont été mon gros crush littéraire de l'année 2018, et ils m'accompagneront longtemps...
J'ai particulièrement été touchée par "Demande à la Poussière", "Les compagnons de la grappe"  et "Bandini" de John Fante. Du côté de Dan, bien sûr, "Rien dans les poches", car il y emprunte le chemin de son père, avec douleur et grâce aussi parfois. Et j'ai bien rigolé avec "Limousines blanches et blondes platines".

Si tout cela vous intrigue, vous pouvez commencer par écouter cette émission qui est consacrée à "Bandini" de John Fante, avec Guillaume Gallienne à la lecture.





Il est vrai que j'aime bien rendre des hommages sur le Weekly Planet. Faire des dédicaces aussi. Me moquer, un peu, parfois. Alors, allons faire un tour du côté de ma corde sensible reliée à la chanson française.
Vous n'avez pas pu passer à côté de la disparition de Michel Legrand le 26 janvier dernier. Effectivement, peut-être n'a-t-il pas eu de son vivant la reconnaissance qu'il méritait, comme cela a pu être débattu. En plus d'être un auteur-compositeur extraordinaire, il était aussi un magnifique interprète (de ses propres chansons). Et voilà, le mec, il te démontre sa maîtrise et tu ne peux que t'incliner. 

A l'instar de son ami Claude Nougaro, dans cette vidéo:


J'avais déjà partagé plusieurs fois sur facebook le titre "Alcatraz" que je ne me lasse pas d'écouter et que je trouve extrêmement beau.



Et toujours ces superbes lunettes.







La chanson française, il n'y a pas que les Français qui l'aiment. J'ai particulièrement apprécié la série "SHARP OBJECTS" de Jean-Marc Vallée. Pour tout un tas de raisons : le côté "enfer et damnation" à la "True Detective" (saison 1), le parti pris de montrer une femme qui souffre, s'abîme mais tient debout (Amy Adams), le rapport au corps et l'aliénation que génère l'injonction de la "féminité" et de la séduction censée l'accompagner... 


C'est le personnage du beau-père de Camille (jouée par Amy Adams) qui est fasciné par la musique et plus particulièrement la chanson française. Il possède d'ailleurs, en bon aristocrate mélomane, un système-son évalué à près de 100 000 euros! (source: https://biiinge.konbini.com/series/chaine-hifi-sharp-objects-need/).


Et devinez ce qu'il écoute entre autres? "Les moulins de mon coeur" de Michel Legrand et "Les parapluies de Cherbourg" interprété par Nana Mouskouri. 


La boucle Michel Legrand est bouclée.





En revanche, je n'ai pas dit mon dernier mot pour ce qui concerne l'aliénation que génère l'injonction de la "féminité" et de la séduction censée l'accompagner... J'ai continué d'écouter "La Poudre", ma Bible je peux le dire, j'ai aussi lu Mona Chollet, "Beauté Fatale", je commence à comprendre mais c'est dur. Dur de sortir de ces automatismes qui sont le fruit d'un conditionnement culturel. Sortir de cette crainte de ne pas être assez belle, bien habillée, intéressante, pertinente, vive, autoritaire, claire, déterminée, convaincante, mince, crédible, digne... Toute cette pression que je peux me mettre. Et je sais que parce que je suis une femme, je dois y mettre deux fois plus d'énergie. 
Voilà, en 2019, j'aimerais ne pas me sentir mal d'être habillée n'importe comment, de mauvaise humeur, saoule, lourde, sombre, jalouse et ne pas avoir à me justifier!

Exister pour autre chose que pour mon enveloppe. 





Cela ne m'empêche pas de continuer d'aimer le beau, bien entendu. Mais je souhaite arriver à le chercher désormais ailleurs que sur des écrans et du papier glacé. Je continuerai de rêver, à l'instar de Michel Legrand et Claude Nougaro, sur l'écran noir de mes nuits blanches.

A bientôt pour un prochain numéro!

jeudi 10 mai 2018

Le weekly planet #90

Je dois avouer qu'instagram a largement remplacé la presse papier que j'avais pour habitude d'acheter, et dans laquelle je trouvais souvent de l'inspiration pour alimenter le Weekly Planet. C'est con, parce que finalement, c'est assez pauvre instagram. Je veux dire, cela ne reste que du contenu visuel, qui renvoie vers de vrais articles publiés sur le net, mais il faut faire la démarche de creuser, de vouloir voir plus loin. 
Heureusement, je suis toujours irrésistiblement attirée par toute la presse papier et les livres qui croisent mon chemin. D'ailleurs, si un jour je me retrouve chez vous, ne le prenez pas mal si à un moment donné, je me plonge dans la lecture de quelque support que ce soit, et que je ne parle plus pendant un moment. C'est du carburant. C'est pour la bonne cause. C'est pour vous, lectrices et lecteurs du Weekly.
Bienvenue dans ce numéro 90. 






William Shakspeare, en bon visionnaire qu'il était, aurait dit ceci : 
"L’ENFER EST VIDE, LES DÉMONS SONT ICI".






Ceci dit, la France n'a rien à envier aux Américains, niveau politique ces dernières années. Et puis eux au moins, il ont Natalie Portman. Nous, on a Catherine Deneuve et ses copines de la fameuse Tribune pour le droit d'être importunée(s).






Heureusement, ce "Personne ne Bouge" spécial Isabelle Adjani m'a un peu consolée. Elle a accepté de commenter des séquences d'archives du Festival de Cannes, au cours duquel elle a été récompensée pas mal de fois. Ses propos sur la place d'une femme actrice, sont empreints d'une grande justesse (cela commence à 18'59). L'extrait de l’interview par PPDA, en mode "oncle beauf et lubrique", vaut le détour.


  





Pas simple d'être une personne publique ET une femme, il semblerait. Ce n'est pas Amel Bent qui dira le contraire, peuchère. (J'ignore si c'est un fake mais il s'agit d'une authentique capture d'écran de mon fil d'actualité). 

Il y a encore du chemin à parcourir, n'est-ce pas? Une femme célèbre se doit de vanter les mérites d'un régime pour incarner un rôle d'exemple pour toutes ses jeunes fans, alors qu'un homme célèbre, tel que Gérard Depardieu par exemple, est payé à engloutir de délicieuses nourritures, parcourant les terroirs du monde, dans l'émission "A pleines dents". 





Sans transition aucune, je commente l'information un peu tard, mais je ne voulais pas déroger à la tradition, qui consiste à relayer sur ce blog, la couleur de l’année décidée par Pantone. En 2018, il paraît que la tendance sera l'ultraviolet.





Faisons d'ailleurs un point "fashion week", puisqu'il s'agit du numéro 90, et cela n'a pas pu vous échapper : les années 90 font un retour en force dans nos placards! Il suffit de comparer cette magnifique photo-studio de Brit-Brit authentique des 1990s et la campagne Balenciaga de 2018.







Je pense que je suis en avance niveau fachone, car j'ai déniché cette paire de tongs du meilleur goût, totalement en phase avec le thème du MET Gala 2018, qui a eu lieu il y a quelques jours. Mais si, vous avez forcément vu quelque part la tenue de Rihanna, alias la papesse de la Barbade.

Quoi, ne me dites pas que vous êtes passé(e)s à côté? 



J'ai bien aimé la relecture des tenues de cet événement par Saint Hoax.






Finalement, ce n'est pas si mal instagram, comme source.  C'est là aussi que j'ai découvert Saint Hoax, par exemple, ou encore le compte diet_prada, qui recense avec humour les plagiats sans vergogne du monde de la mode et du design. 

Parfois, c'est juste pour le plaisir de la blague, comme ici.

Ou là:






Je n'ai jamais autant aimé qu'en ce moment, l'expression "jeter une bouteille à la mer". Je l'ai beaucoup prononcé ces derniers temps, m'accrochant à l'espoir que je ne suis pas enchaînée dans une situation qui me plonge dans une profonde mélancolie parfois. 
C'est le quart d'heure Confessions Intimes du Weekly.
Tout va bien dans ma vie, sauf un seul aspect, mais qui représente l'endroit où je passe le plus clair de mon temps. 
Alors, je jette des bouteilles à la mer, dans l'espoir de trouver un lieu de travail stimulant et surtout, respectueux.  
Et je ne suis pas la seule à jeter des bouteilles à la mer. 

En Corée du Sud, des réfugiés Nord-Coréens, envoient à la mer deux fois par mois, des bouteilles remplies de riz, d’argent, de clés USB et de médicaments. Elles sont censées dériver vers les rives de la Corée du Nord.
© Ed Jones / AFP via Courrier International





L'heure est venue pour moi de vous quitter.

Et si vous souhaitez pousser la réflexion sur les dérives de notre société, et ce qu'elle pourrait devenir dans un futur proche si nous n'y prenons pas garde, je vous conseille les excellentes séries Black Mirror et The Handmaid's Tale.

Et aussi, si vous avez de vieux magazines cool qui traînent et vous encombrent, ça peut m'intéresser!

A très vite, caballeros y caballeras !