jeudi 11 décembre 2008

Broken beats

photo: Maxime Raimond Bench
Il y a un journaliste chez Télérama que j'aime particulièrement, le chef du service musique. Il a un style unique, et surtout une façon intelligente de parler de musique justement: Hugo Cassavetti. Trop la classe un nom pareil. Dans le numéro 3073 sorti le 3 décembre, il a écrit un article intitulé "Changeons de disques" qui fait un constat pitoyable sur l'état de nos goûts en matière de musique. Le topo: beaucoup d'artistes qu'on défendait à une époque, ou qu'on estimait atypiques, underground, inécoutables par la masse, sont désormais devenus des musiques d'ascenseurs ou d'ambiance inévitables dans les dîners entre amis. Il cite pour exemples Buena Vista Social Club, Bjork, Tom Waits, Amy Winehouse, Feist, Nouvelle Vague... Autant d'artistes qui plaisent au plus grand nombre mais qui, à l'origine, n'étaient pas destinés au grand public, pas considérés comme "bankable", jusqu'à ce que... 
Les initiés qui dénichent de nouveaux artistes, qui ont l'audace d'écouter de nouvelles choses, qui font subir à leurs oreilles des dépucelages incessants; ceux-là mêmes se retrouvent pris à leur propre piège. Il se rendent à un dîner chez des amis, ou à une réception quelconque, et là inévitablement, les disques diffusés sont toujours les mêmes, et pourtant ce sont des disques reconnus comme bons au départ. Une sorte de dictature du bon goût, qui par son essence même est une faute de goût. Depuis quand doit-on passer un disque plutôt qu'un autre pour prouver notre bon goût et notre niveau de connaissance aux invités? Depuis que la musique est en proie à une machination à la "big brother".                                   
Il n'y a pas longtemps, je me retrouve au cinéma, un peu en avance. La musique de fond: Buena Vista Social Club en live. J'écoute "Chan Chan" pour la 3110e fois. Une voix de minet parisien me dit "découvrez grâce à CinéMusique le live de Buena Vista Social Club (...) blablabla". Quelques jours plus tard, j'assiste à une réception de la région organisée par une agence de com' jeune et dynamique: la musique diffusée en attendant que tout le monde arrive? Celle de Buena Vista Social Club.
Effectivement je ne suis pas loin de l'overdose.
Alors quand je lis cet article de Hugo Cassavetti, je ne peux empêcher un sourire. Une sorte de "ouf ben il y a quand même des professionnels de la  musique qui se rendent compte qu'un disque audacieux et de qualité, peut vite se transformer en "m..." à force de matraquage. C'est un peu comme le "Beggin'" de Frankie Valli qui me remplissait d'émotion mais que je ne supporte plus d'entendre depuis la reprise par Madcon. Parce que trop trop trop, bien trop, entendu.
La prochaine fois que je serai invitée, je ferai attention à ce que la musique que l'on a choisi de diffuser me soit totalement inconnue. Alors là seulement je saurai que je suis reçue comme une princesse...

mardi 2 décembre 2008

Trafic...de styles

photos: M.R.
Le fluo se mute en dandy, le danseur de tektonik s'achète des jogging lacoste, les fringues larges et les baggys se resserrent en slim et pantalons cigarettes. Les filles se couvrent parce que c'est l'hiver. Tant pis pour vous messieurs. Va falloir attendre quelques mois pour voir des bouts de peau. Des bouts de peau que l'on montre toujours avec style. Col V, short en jeans brut, chemise déboutonnée, robe bustier. Je tiens à préciser que le col V et le short en jeans moulant s'appliquent (malheureusement?) aux deux sexes. Le col V chez l'homme, je suis pas fan, ça met mal à l'aise.
"Trafic de styles" c'est aussi le nom d'un groupe de danse hip-hop, qui date du début des années 90. Rien à voir avec les jeunes b-boys d'aujourd'hui, qui breakent avec une tonne de gel sur les cheveux et en jeans ultraserré. Comment font-ils pour les "headspin"?
Le trafic en tous genres, c'est monnaie courante. M6 trafique pour que les artistes qu'elle signe passent douze fois par jour sur les chaînes musicales. Radio NOVA trafique avec les hypermarchés et leurs pubs hystériques pour promouvoir l'underground. La "Motown" trafique avec Diam's pour conquérir le public français, du trafic qui me laisse perplexe. Le gouvernement trafique avec les banques, dans un but obscur.
Laissons de côté le trafic et revenons au style, c'est quand même plus agréable à l'oeil et à l'oreille. Le rouge à lèvres bien rouge. Un bassiste qui ondule en fusion avec son instrument au concert de Winston McAnuff. Un visage sans fond de teint, sans mascara, sans fard, et qui rayonne plus que tout autre. Un t-shirt qui dépasse négligemment d'un pull. Des talons hauts qui marchent tous seuls, naturellement. Une voix grave, puissante, un sourire immense, un groove profond, Sandra Nkaké. Des gars qui s'emparent de deux platines et transforment dans une cuisine surprenante les sons des vinyles qui crépitent. Les yeux bleus qui me réveillent le matin.
Le style se trouve partout où on ne l'attend pas. Là où il y a la grâce, il y a du style, loin du trafic.