dimanche 5 août 2007

Et toi, quel wannabe es-tu ?

De nombreuses analyses sociologiques sur myspace et les blogs en tous genres ont déjà été faites. Mais quelqu’un s’est-il vraiment attardé sur le pourquoi du comment ? Probablement bien sûr ! J’ai quand même envie d’en faire ma propre analyse. Parce que je le vaux bien. Souvenez-vous. Si l’on s’attarde sur la culture « jeune », il y a dix ans, en 1997, les gens célèbres et les belles plantes n’existaient encore qu’à travers Star Club et Jeune et Jolie. En ce qui concerne la musique, n’étaient connus seuls ceux qui arrivaient à faire parler d’eux dans Radikal, Trax ou les Inrockuptibles pour ne citer qu’eux. Evidemment, la télé était reine en ce temps-là : pour être célèbre, il fallait être passé dans le petit écran. Bref, c’étaient les médias et eux seuls qui décidaient quelles têtes méritaient d’être connues ou pas. Arbitraire. Aujourd’hui, rien n’est plus pareil. Maintenant, les ringards, ce sont ceux qui passent à la télévision. Ce revirement de situation a été possible grâce à l’avènement d’Internet et des blogs. Pour devenir célèbre la recette n’a jamais été aussi simple. Désormais, n’importe quel quidam peut accéder au rang de superstar du net, blog du mois, myspace le plus visité, etc… S’il y a renommée, c’est qu’elle est méritée me direz-vous. On s’imagine facilement que quelqu’un de talentueux, qui a vraiment quelque chose à proposer verra sa page perso prise d’assaut. Non. Ce n’est pas comme cela que ça fonctionne. Petit guide : Comment fabrique-t-on du vent de nos jours ? C’est simple : 1 : On se crée sa page perso à coup de photos de soi stylées, voire osées, voire même pas de soi (ou alors on se photographie avec des lunettes de soleil plus un grand chapeau, ou on prend en photo son œil, sa bouche, son oreille…pour nous représenter). Mystérieux me direz-vous. Je dirai que ça cache quelque chose. Bref, on montre des images où l’on est beau, alors qu’en vrai on ressemble à Scritch dans Sauvés par le Gong ou à Lisa dans Le Destin de Lisa. 2 : Une fois que notre image biaisée nous convient, on passe aux goûts musicaux. Qu’est-ce qui est tendance en ce moment ? Tout ce que vous trouverez de branché fera l’affaire. Même si on prétend être à fond sur Joy Division mais qu’on n’a jamais écouté un seul album en entier, sur Internet ça passe. Donc on cherche des musiques cool qui nous feront passer pour quelqu’un de cool, et on continue d’écouter Chimène Badi ou Tribal King en scred, sans que personne ne le sache. 3 : Les hobbies à présent. Le top du top c’est d’être DJ. Comprenez-là, avoir des platines dans sa chambre et s’amuser à imaginer des playlists et des mixes mille fois écoulés. Ce n’est pas grave, personne ne s’en rend compte de suite. Le deuxième hobbie à la mode, c’est d’être chanteuse pour une fille. Il y en a plein pour qui c’est le début de la gloire. Comme pour Lily Allen ou Yelle, on ne tarde pas à découvrir toute une artillerie marketing à côté. C’est ainsi que l’on est signé par une maison de disques sans avoir envoyé de maquettes à personne auparavant. Seul le nombre de visites sur sa page est la cause de la signature. Le monde à l’envers. Un des hobbies favoris reste la photographie. Une personne qui n’est pas du tout photographe à la base, telle que cette biologiste qui a exposé ses photos de botanique sur flickr et s’est vue devenir une photographe célèbre qui vend ses travaux à des prix indécents. La faute à qui ? Aux groupies hommes et femmes qui se sont fait duper. Mais le plus courant, cela reste les personnes qui n’ont pas de hobbies mais veulent faire croire qu’elles ont une vie trépidante : « Hier je suis allé à la plage avec mon doudou lol mdr. » « Ce soir je vais manger des œufs au plat en regardant la télé sur mon canapé IKEA. » « J’aime les sushis » « Vivement Noël que j’ai plein de cadeaux. » « T’étais trop mignonne hier soir » Voilà le genre de phrases que l’on peut lire sur la plupart des blogs. Qu’y a-t-il de renversant là-dedans ? Personnellement, je ne vois pas. 4 : Ceux qui s’habillent en fluo estiment également détenir la médaille d’or du cool. Donc on crée des visuels flashy, on s’achète des vêtements de ski des années 80 et là on est sûr d’avoir un max de visite sur sa page. Certains même, en écrivant quelques chroniques musicales (ils n’ont pas inventé la poudre), arrivent à faire parler d’eux dans des journaux respectables tels que Télérama ou Libération. C’est quand même fort Internet. 5 : Vient le moment de garder les amis virtuels que l’on a réussi à se faire grâce à notre stratégie. Et pour ça, il suffit de les bombarder de messages super-sympas-kikoo-bisous. La popularité ça s’entretient. Ces cinq points sont les commandements des wannabe de notre époque. On a tous soif de célébrité mais on a surtout soif d’être celui ou celle qu’on ne sera jamais, celui ou celle qui est tout le temps beau même après avoir vomi, qui est toujours au courant de tout et qui est toujours sollicité et invité partout. Les wannabe sont ceux qui désirent être quelqu’un qu’ils n’auraient pas pu être sans Internet. Le fondateur de Myspace se rend-il compte qu’il a révolutionné la vie de monsieur-tout-le-monde ? Ce concept n’existe d’ailleurs plus car chacun estime être hors du commun. Faisons le tri dans tout ça. Il ne restera plus grand monde. Les artistes, ceux qui étaient là avant ou qui ont vraiment du talent et qui innovent resteront. Mais les autres ? Des confettis de wannabe en quête d'identité. Comme l’a dit MC Solaar : « Le vent souffle en Arizona » (mais pas que là-bas Claude !) Une wannabe-gagnante-au-loto
W:
Wannabe (Adjectif) : Se dit d'une personne qui se donne un style, un air, un comportement spécial

Exemple: la go la fait trop la maline, elle est trop wannabe - (d'après nouchi.com)

A LIRE: Nous sommes jeunes, nous sommes fiers de B. Sabatier